Nous sommes tous et toutes nés avec la graine de la bonté. La neurobiologie l’a prouvée : notre cerveau est prédisposé à l’amour, à la générosité, à la coopération et à l’empathie ; inversement il a une aversion pour la compétition. Et l’économie expérimentale, nouvelle science humaine qui se développe considérablement depuis le tournant du millénaire, met en évidence que la conception des humains comme étant fondamentalement égoïste est une fiction inventée de toutes pièces par de pseudo-experts ; dans les faits, le partage et la coopération sont bien plus fréquents. Nous sommes prédisposés à la bonté. Mais pas prédéterminés. La nuance est de taille. Il en est de même pour les conditions familiales et sociales : elles peuvent faciliter ou limiter le développement de la bonté, mais elles ne le déterminent pas. Il n’y a pas de déterminisme, ni biologique, ni social, du bien ou du mal. Chacun de nous peut s’engager ou non dans le sens de la bonté humaine. C’est un potentiel qui nous est donné. Et que nous avons le pouvoir d’explorer, ou pas.
La graine de la bonté nous a été donnée. N’est-il pas de notre responsabilité de la faire fructifier ?
Et même si l’environnement dans lequel nous avons grandi et dans lequel nous sommes est peu enclin à la fertiliser, pourrions-nous chacun chacune là où nous sommes lui donner une place ?
« J’ai toujours su qu’au plus profond du coeur de l’homme résidaient la miséricorde et la générosité. Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de son passé, ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, on peut leur enseigner aussi à aimer, car l’amour naît plus naturellement dans le coeur de l’homme que son contraire. Même aux pires moments de la prison, quand mes camarades et moi étions à bout, j’ai toujours aperçu une lueur d’humanité chez un des gardiens, pendant une seconde peut-être, mais cela suffisait à me rassurer et à me permettre de continuer. La bonté de l’homme est une flamme qu’on peut cacher mais qu’on ne peut jamais éteindre. » Nelson Mandela
Oui nous avons la capacité de la faire briller.
La nommer c’est déjà la choisir, lui permettre de poindre le bout de son nez pour la sentir : l’inviter à exister. C’est commencer à la regarder fleurir, la bonté. Elle porte les vibrations de sa rondeur, de sa douceur, de sa tendresse et de tout le bien qu’elle nous offre, sans limites. Elle est généreuse la bonté, la nommer nous donne la possibilité de l’honorer. Déclarer ainsi notre intention c’est l’accueillir pour commencer à l’observer et à la ressentir. La bonté transpire dans ce qui nous entoure, si nous choisissons de lui offrir notre regard : elle est abondance.
Et si nous regardions le monde à partir de la bonté ?
Chargés de vos soucis, encombrés par vos pensées et votre quotidien, elle est peut-être loin la bonté. Que dirigiez-vous de la ranimer ? De lui offrir une place, contre vents et marrées pour diriger cette entreprise que vous avez choisi d’habiter. Peut-être serait-ce un peu plus doux et confortable, accompagnés de la bonté, n’est-ce pas ?
Alors là tout de suite maintenant je vous invite à prendre quelques instants pour vous replonger dans le livre de votre vie et chercher une personne dans votre vie qui incarne ou qui a incarné la bonté ; une personne qui lorsque vous pensez à elle vous amène à dire : « qu’est-ce cette femme est bonne, que cet homme est bon » : par ses intentions, ses actions, sa façon de regarder autrui et de lui parler, sa façon de vous parler : émanait de tout son être cette force qui faisait que vous vous sentiez profondément existé et aimé, cette force qui faisait que vous vous sentiez bons. Elle avait cette capacité de vous accueillir dans votre entièreté, ce que vous même vous n’étiez point capable de réaliser. Cette capacité de faire en sorte qu’à ses yeux et dans ses yeux vous vous sentiez unique. Elle savait dire oui à la totalité de votre être. Prenez quelques instants pour la rencontrer : la bonté divine « Que cette femme est bonne ! que cet homme est bon ! Et c’est tellement bon.
(Silence)
Maintenant qu’elle est là ou pas loin poursuivons notre voyage pour aller l’explorer et nous laisser habiter par elle. Est-elle cette poignée de main chaleureuse, ce sourire accueillant, ce « bonjour » chanté à tue-tête pour dire oui je vous ai vu oui je vous reconnais et nous sommes parties du même monde ? Est-elle ce « Tu » et ce « Toi » lancé sans retenue qui efface les barrières de la peur et de la méfiance pour nourrir confiance ? Cette écoute attentive qui semble dire combien ce que vous dites et ce que vous ressentez est entendu reçu ressenti et compris par cet autre, inconnu, qui semble pourtant si bien vous connaître ? Et cette lumière sur ce visage animé par un regard franc et pétillant qui semble vous dire « oui » : un oui plein et entier à ce que vous êtes : un « oui » à votre vie quelle qu’elle soit, un « oui » à la totalité de votre être. Enfin est-elle est cette présence, attentive et silencieuse quelque soient vos mots, quelque soient vos choix, quelque soient vos actes.
Sans doute est-elle un peu de tout cela la bonté et en même temps je crois qu’elle est un peu plus que tout cela. Elle parle aussi de déplacement, celui que vous avez fait jusqu’ici, pour répondre à l’invitation que vous avez reçu, par exemple, un déplacement vers l’autre. Oui elle parle aussi d’un déplacement intérieur la bonté : sortir de soi, s’extraire de soi-même, pour regarder l’autre, l’envisager : un mouvement à l’extérieur de soi. Oui elle parle aussi de cela la bonté, d’un mouvement vers l’autre.
Cette main tendue vers l’inconnu, le clochard ou vers celui ou celle à qui aujourd’hui nous n’avions pas envie de parler, celui ou celle avec laquelle nous n’avons pas envie de travailler ni de coopérer. Une ouverture du coeur qui amène à se déségotiser, à se décentrer : sortir de ses frontières intérieures et de son petit moi égotique pour s’ouvrir à plus grand que soi, quitter nos petites mesquineries quotidiennes dans lesquelles nous sommes souvent embourbés voire englués, nos petites guerres intestines alimentées par notre orgueil omniprésent et parfois omnipotent. Et se placer non pas du point de vue de soi qui s’aime ou qui ne s’aime pas suffisamment et qui cherche inlassablement la reconnaissance de l’autre mais se placer du point de vue de l’autre, du point de vue du bien-être de l’autre. Du point de vue de la relation avec l’autre et de ce qui nous réunit pour œuvrer ensemble, même si nous ne nous sommes pas choisis. Ce qui ne signifie pas pour autant se sacrifier au nom de l’autre, mais l’envisager comme une danse à quatre mains et à quatre pieds, une danse sans laquelle il est impossible de continuer à bien respirer sans l’autre.
Respirer ensemble : oui c’est là où nous emmène la bonté. Au cœur de la relation. Celle qui nous est aussi donnée. Qui nous oblige, nous contraint quelque part à respirer ensemble. La bonté nous y aide à respirer ensemble. Elle nous rassemble à cet endroit où vous et moi sommes du même : être humain. Elle nous aide à mieux respirer, grâce au souffle de l’autre qui vient nous bousculer, nous déranger, nous remuer et nous aider à nous révéler. Oui pour nous aider à nous mettre au monde nous avons besoin d’œuvrer ensemble.
N’est-ce pas un peu de tout cela ce que vous vivez chaque jour avec vos pairs, avec vos équipes avec tous ceux qui appartiennent à votre entreprise ? pour laquelle vous avez choisi un jour pour de multiples raisons de signer. Sans savoir dans quel bateau vous étiez vraiment embarqués : toutes ces relations que votre fonction vous amène à rencontrer. Et que vous n’avez pas choisies. Comment choisissez-vous de les habiter ? Quelle place donnez-vous à la bonté ?
La bonté est communicative, la voir chez l’autre parle de la bonté en nous, car l’on ne peut reconnaître ce que l’on ne connait pas. La bonté nous rend bon. Sentir que nous sommes bons nous donne envie d’être bon et alimente le cercle vertueux de la bonté tant la bonté chez l’autre nourrit également la bonté chez nous.
La bonté est restaurative : donner la bonté permet de grandir celui qui la reçoit et d’agrandir celui qui la donne. Donner la bonté est un appel à la recevoir qui a la vertu de nous faire grandir l’un et l’autre. Don et contre don prolonge la vie de la bonté et nous agrandit. C’est merveilleux cette valse du don qui nous rend bons n’est-ce pas ? non seulement elle nous rend bons ensemble mais aussi être bons nous rend heureux tandis qu’être mauvais nous rend coupable tant parfois nous sommes enfermés dans nos rancœurs, poisons qui ferment nos cœurs, ruminations qui nous rongent et qui nous séparent. La bonté nous restaure et nous répare. Nous avons tant besoin les uns des autres. Il suffit de regarder la place qu’ils prennent dans nos vies. Et la neurobiologie l’a aussi prouvé dans notre cerveau, sans les autres nous mourrons, des parties de notre cerveau se nécrosent, c’est vrai chez les bébés mais aussi chez nous adultes : nous avons un besoin vital d’être en lien les uns avec les autres, d’être aimés ou si vous préférez avec les mots de l’entreprise d’être reconnus : « je suis par ce que tu es ».
En 2004, bien que retiré de la vie politique, Mandela a prononcé un discours à l’occasion du dixième anniversaire de l’instauration de la démocratie en Afrique du Sud. Il déclare :
« Un principe conducteur de notre recherche et de l’établissement d’une démocratie inclusive dans notre pays a été qu’il y a des hommes et des femmes bons dans tous les groupes et tous les secteurs de la société ; et que dans une société ouverte et libre, ces Sud-africains réaliseront ensemble le bien commun d’une manière coopérative. Je souhaite que les Sud-africains n’abandonnent jamais leur croyance en la bonté, qu’ils chérissent cette foi dans les êtres humains comme étant le fondement de notre démocratie (…)
On va avoir l’impression que je vois trop le bien chez les autres, c’est une critique que je suis bien obligé d’essuyer, et dont j’ai essayé de tenir compte. Mais quoiqu’il en soit, c’est une chose que je crois profitable. Il est bon de l’assumer, et d’agir en se fondant sur l’idée que les autres sont intègres et dignes. Voir ainsi ceux avec qui vous travaillez attire l’intégrité et la dignité. J’en suis persuadé. »






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