changer de niveau

·

L’article qui suit a été introduit par un récit à découvrir dans Partir ou rester ? quand le chant de la relation sonne la fin, étayé par un outil à décrypter dans Pile ou face ? ou comment le hasard éclaire ce qui est déjà là.

Mathieu tourne en rond. Depuis des semaines, il fait la liste des pour et des contre, pèse les arguments, revient sur ses pas. Il cherche une solution à l’intérieur du problème. C’est précisément là que réside l’impasse.

paul watzlawick et l’école de palo alto

Dans les années 1950-60, un groupe de chercheurs se réunit autour de l’anthropologue Gregory Bateson en Californie. C’est ce que l’on appellera l’école de Palo Alto. Paul Watzlawick en devient la figure la plus connue. Leur approche est systémique : ils s’intéressent non pas à l’individu isolé, mais aux interactions, aux communications, aux boucles de rétroaction entre les personnes. Dans leur ouvrage Changements (paru en 1974), Watzlawick, Weakland et Fisch introduisent une distinction fondamentale entre deux types de changement.

changement de type 1 et de type 2

Le changement de type 1 consiste à modifier quelque chose à l’intérieur du système sans changer le système lui-même. On fait plus de la même chose : on s’adapte, on ajuste, on tient.

C’est ce que Mathieu fait depuis des mois : chercher à s’accommoder, trouver un arrangement, espérer que la situation évolue d’elle-même. Ce qui produit plus de la même chose.

Le changement de type 2 consiste à changer le système lui-même : sortir du cadre, changer de niveau logique. Ce n’est plus une adaptation, mais une transformation.
Watzlawick illustre la différence par une image simple : dans un cauchemar, courir plus vite ou se cacher davantage correspond à un changement de type 1 — on reste dans le cauchemar ; tandis que se réveiller est un changement de type 2 — on sort du système.

Partir relève, pour Mathieu, d’un changement de type 2. Mais pour y accéder, il lui faut d’abord sortir de la boucle dans laquelle son mental le maintient prisonnier.

l’intervention paradoxale

Face à un système bloqué, une intervention directe et logique ne fait souvent qu’aggraver le blocage : elle renforce la résistance. Watzlawick a théorisé ce qu’il appelle l’intervention paradoxale : contourner la résistance par un déplacement inattendu, quelque chose qui court-circuite le mental plutôt que de le confronter.

C’est précisément ce que le jeu pile ou face a produit. Plutôt que d’aider Mathieu à raisonner davantage sa décision — ce qui n’a pas fonctionné —, il s’agit d’introduire le hasard dans le système court-circuité par la boucle de raisonnement. Ce n’est pas le résultat de la pièce qui importe… Mathieu a bien ressenti cette ouverture quand la pièce est retombée, avant même que le mental reprenne le contrôle.

Ce déplacement intérieur, provoqué par l’intervention paradoxale, a rendu possible le déplacement extérieur. Mathieu a pu enfin choisir : non parce qu’il a trouvé le bon argument, mais parce qu’il a entendu ce qu’il savait déjà de façon inconsciente.

→ Pour approfondir : Paul Watzlawick, John Weakland et Richard Fisch, Changements, Le Seuil (1974) ; Paul Watzlawick, Le langage du changement, Le Seuil (1980).


vous aimerez aussi