pile ou face ?

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Pour comprendre le contexte dans lequel cet outil a été utilisé, lire l’article Partir ou rester ? quand le chant de la relation sonne la fin.

Mathieu, directeur commercial et membre du comité de direction, se trouve dans une situation conflictuelle avec son directeur général avec lequel il a tissé une forte complicité et amitié professionnelle. Malgré tout, leur relation ne fait que se dégrader au point qu’il remet en question son avenir au sein de l’entreprise. Cela fait plusieurs séances qu’il énumère les arguments et qu’il fait la liste des pour et contre — je pars ou je reste — sans trouver d’issue.

faire appel au hasard

Alors que Mathieu ne cesse de faire la liste des arguments « pour » ou « contre » et je lui propose de faire un jeu.

Étape 1 : le lancer de pièce

Christèle : « Mathieu, aimez-vous jouer ? »
Mathieu acquiesce.
Christèle : « Êtes-vous prêt à perdre deux euros ? »
Mathieu me donne son accord.
Christèle : « Alors donnez-moi une pièce de deux euros. »
Mathieu sort son porte-monnaie et me donne une pièce de deux euros.
Je prends la pièce et la lui montre.
Christèle : « Pile, vous restez… Face, vous partez. »
Je vois Mathieu blêmir. Je tends la pièce à Mathieu et lui demande de la lancer en l’air.
Mathieu lance la pièce qui tombe sur « Face : je pars. »

Étape 2 : les conséquences relationnelles

Christèle : « Aujourd’hui nous sommes le 21 octobre 2025 et je vous demande d’écrire sur le paperboard la date du 21 avril 2026. Imaginez que nous sommes le 21 avril, c’est-à-dire dans 6 mois… Vous allez travailler sur les conséquences relationnelles de la décision que vous avez prise à l’aide du jeu de la pièce le 21 octobre. »

Christèle demande à Mathieu d’écrire au tableau : « Nous sommes le 21 avril, quelles sont les conséquences relationnelles de ma décision prise il y a 6 mois ? »

remettre en mouvement

Faire entrer le hasard dans le système, c’est demander à un tiers de faire avancer la problématique de changement. Ce qui est important ici, ce n’est pas le choix en tant que tel, mais les conséquences du choix que Mathieu n’assume pas. Je l’invite à réfléchir aux conséquences avant d’agir, grâce à un déplacement intérieur réalisé par l’intervention du hasard. C’est ce déplacement intérieur (sortir de l’enfermement mental de la boucle pour ou contre qui va permettre le déplacement extérieur. Peu importe le choix, il n’y a pas de bon ou de mauvais choix : ce qui compte, c’est d’en assumer les conséquences. L’anticipation permet de remettre en mouvement ce qui est figé.

Au moment de quitter la séance, je dis à Mathieu : « Combien de temps allez-vous avoir 16 ans ? Car le propre de l’adolescent est de ne pas prendre de décision. »

Les trois prochaines séances seront dédiées à la suite de ce travail sur les conséquences relationnelles de sa décision, un travail sur l’anticipation : anticiper là où Mathieu ne veut pas aller. À la quatrième séance, Mathieu m’annonce qu’il a pris une décision : il va partir et a déjà commencé à évoquer son choix avec le directeur général.

Pour découvrir les ressorts théoriques du jeu pile ou face, lire l’article Changer de niveau, Watzlawick et l’école de Palo Alto.


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