la médiation animale au service du lien
Fruit de ma rencontre avec mon berger allemand Tao, j’ai choisi d’intégrer à ma pratique d’accompagnement de plus de vingt ans les enseignements de trois animaux rencontrés sur mon parcours : le chien, le cheval et les abeilles. En effet, c’est le travail d’éducation avec Tao qui m’a conduite aux chevaux grâce à la communication animale. Parallèlement, j’ai découvert l’apiculture en installant des ruches dans mon jardin, l’abeille étant l’exemple ultime de la coopération.
Dans un contexte relationnel particulièrement tendu, étayé par la volonté du directeur général de rassembler ses directeurs dans un comité de direction unique, j’ai proposé un parcours d’éducation à la coopération, comprenant notamment trois ateliers assistés par les animaux : « la force de la bonté » avec le chien ; « le pouvoir de la vulnérabilité » avec le cheval ; « l’unité souveraine » avec l’esprit de la ruche. Voici le récit de l’atelier avec Tao et Jaïa (un berger australien femelle).
Pour comprendre le contexte dans lequel cet outil a été utilisé en guise d’exemple, lire l’article Quand on ne cultive pas, ça ne pousse pas : construire un comité de direction.
la force de la bonté
À la fois prédateur et meilleur ami de l’homme, le chien affirme un caractère combatif. Tout en aidant à prendre conscience de ce qui nourrit agressivité et avidité, il nous accorde à la force de la bonté et du don de soi. Le socle pour travailler la coopération, c’est de se relier à la bonté.
l’animal, un miroir
« Avez-vous peur des chiens ? » C’est la première question que j’ai posée à chacun des membres du comité de direction lors de nos entretiens individuels en début de parcours. Thomas m’a répondu par l’affirmative. Mais le jour venu, il n’éprouvait pas simplement de la peur : il était terrorisé, au point de ne pas pouvoir sortir du lieu d’hébergement où se tenait le séminaire.
Nous étions deux intervenantes accompagnées de deux chiens en laisse. J’ai proposé à Thomas de rester à la distance juste pour lui, en simple observateur. Il jouerait ainsi un rôle important : regarder le groupe travailler avec le plus petit chien, moins impressionnant, et nous faire un feed-back sur les comportements observés. Rassuré, Thomas est sorti pour se poster à quelques mètres du groupe qui travaillait avec Jaïa.
De mon côté, j’ai animé l’atelier de l’autre groupe avec Tao ; atelier qui consistait, pour chaque participant, de guider le chien vers un objectif défini préalablement à tour de rôle, sans mots, uniquement avec le mouvement du corps. Pendant ce temps, les spectateurs observaient, à l’aide d’une grille d’observation, les différents comportements associés à chaque essentiel de la coopération et leur impact sur le chien.
Quand j’ai retrouvé Thomas à l’heure du déjeuner, son visage rayonnait, son corps s’était redressé : il n’était plus celui que j’avais quitté quelques heures auparavant. Que s’était-il passé ? Progressivement, Thomas s’était approché des participants, aidé par une collègue qui le maintenait toujours à une certaine distance du chien. Puis il avait participé à l’exercice, aidé par une autre collègue, jusqu’à oser caresser le chien, ce qui ne lui était jamais arrivé. Il avait décidé de traverser sa peur. À partir de ce jour-là, Thomas n’a plus été le même ; le groupe, non plus.
communication animale
L’après-midi, toujours en sous-groupe, il s’agissait de guider le chien sur un parcours réalisé avec des plots, avec un objectif global pour le comité de direction, en définissant une stratégie, en se répartissant les rôles et responsabilités, toujours sans mots. Très rapidement, avant la fin du temps imparti, Tao s’est arrêté. Il est parti s’allonger à l’ombre ; une minute après, Jaïa faisait de même. Les participants tentent alors d’allécher les chiens en vain, usant de friandises et d’eau, pour les remettre au travail : rien n’y fait ; pour eux, l’exercice est terminé.
Déboussolés, les participants vont s’asseoir et échangent, notamment sur le fait qu’avec le chien, il n’y a pas de négociation possible. Tao et Jaïa venaient de leur transmettre un enseignement essentiel : l’écoute du corps comme limite. Entre êtres humains, la limite se négocie sans cesse, jusqu’à accepter de tomber malade plutôt que de se reposer. Grâce à Tao et Jaïa, ils se sont offert un temps de repos. Ainsi qu’un déplacement intérieur.
Tao et Jaïa ont également favorisé d’autres prises de conscience, comme la limite de la relation, du territoire de chacun et de l’espace nécessaire pour permettre la rencontre : un espace de connexion dans lequel chacun est calme, présent et en lien.
les résultats en mots
« Entraide, solidarité, écoute, respect… Voilà ce sur quoi les chiens Tao et Jaïa nous ont permis de travailler. Désormais la question qui se pose est de transposer ces valeurs et comportements associés au sein de notre vivre ensemble dans l’entreprise. » — Nathalie, directrice des risques
« La présence des chiens et leurs attitudes en miroir ont reflété ce que nous sommes réellement — et ce dont nous n’avons pas conscience ou que nous ne prenons pas le temps de mesurer tant nous sommes accaparés par notre quotidien. L’atelier nous a permis de transposer les attitudes des chiens à nos propres cas et expériences, de nous ouvrir à nos collègues — voire de nous découvrir —, de nous interroger sur nous-même et sur la perception que nous avons des autres. » — Thomas, directeur de la conformité
« La présence des chiens m’a permis de revenir aux fondements d’une relation. Nous sommes entourés de différents profils, de différents caractères. J’ai pris conscience que, malgré ces différences, nous pouvons interagir ensemble, nous apprécier, nous écouter, réfléchir et nous adapter. Car, pour interagir, nous n’avons pas d’autre choix que de rester ouvert aux besoins de l’animal ou accepter sa non-coopération. » — Isabelle, directrice de la gestion
À suivre : pour approfondir les fondements de la médiation animale, lire l’article L’animal, acteur de la relation : les fondements de la médiation animale.





