l’animal, acteur de la relation

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Le texte qui suit a été introduit par un récit à découvrir dans l’article Quand on ne cultive pas, ça ne pousse pas : comment construire un comité de direction, étayé par un outil à décrypter dans l’article Ce que le chien révèle : la médiation animale au service du lien

à l’origine

La présence des animaux dans les soins remonte au Moyen-Âge, mais c’est dans les années 1960 que le psychologue américain Boris Levinson fait une découverte qui va bouleverser sa pratique : l’un de ses patients, enfant autiste jusqu’alors muré dans le silence, entre spontanément en relation avec son chien Jingles, présent exceptionnellement. À partir de cet événement, Boris Levinson va considérer le chien comme acteur à part entière de la relation et nommer sa fonction co-thérapeute : le chien crée les conditions dans lesquelles la relation devient possible.

Ce que Levinson documente pour la première fois scientifiquement, c’est le pont. Le chien n’a pas seulement capté l’attention de l’enfant : il a rendu la rencontre possible entre deux humains qui ne parvenaient pas à se rejoindre. En 1961, Levinson présente ses observations à l’American Psychological Association. Son livre Pet-Oriented Child Psychotherapy (1969) posera les bases d’une discipline nouvelle : la médiation animale. Progressivement, celle-ci gagnera d’autres territoires : les hôpitaux, les maisons de retraite, les institutions sociales. Puis, plus récemment, l’entreprise.

de l’enfant au directeur

Ce passage vers le monde professionnel est encore récent, peu formalisé, en cours de construction. C’est dans ce territoire que s’inscrit mon travail : fruit de vingt ans d’accompagnement individuel et collectif en entreprise, j’associe depuis trois ans la présence de Tao, des chevaux et des abeilles comme enseignants. Ce que j’observe rejoint les travaux de Levinson : en présence de l’animal, quelque chose se dépose. Les défenses s’abaissent ; ce qui était figé peut bouger ; et le pont se crée, non pas seulement entre l’humain et l’animal, mais entre les humains eux-mêmes.

Si le cadre et les objectifs sont différents, les ressorts sont les mêmes : la peur du jugement, la difficulté à se montrer vulnérable, le besoin d’être reconnu. Ce que le cadre professionnel ne permet pas toujours de voir, l’animal le révèle. Sans détour, sans ménagement, et sans cruauté.

Jaïa était simplement là, disponible, sans exigence, et c’est précisément cette présence dans un cadre sécurisé qui a rendu possible la rencontre entre Thomas, le chien et une solidarité nouvelle entre collègues. Quand Tao et Jaïa se sont allongés à l’ombre ce jour-là, ils ont, d’une part, offert au groupe la permission de s’arrêter ; d’autre part, provoqué une prise de conscience : entre êtres humains, la limite se négocie sans cesse, jusqu’à parfois accepter de tomber malade plutôt que de prendre le temps de se reposer. Le chien, lui, ne négocie pas. Il écoute son corps et s’arrête. Ce miroir-là a traversé chacun différemment.

Ancré dans l’instant présent, dans le corps, sans juge-ment moral, avec un accueil inconditionnel, guidé principalement par ses instincts et ses sens, l’animal est un guide qui nous ramène à la racine de notre humanité.

Pour approfondir, lire : Boris Levinson, Pet-Oriented Child Psychotherapy, Charles C. Thomas Publisher (1969).


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