le bouc émissaire

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L’article qui suit a été introduit par un récit à découvrir dans L’orage gronde !, quand le changement de direction déboussole, étayé par un outil à décrypter dans Le baromètre de la coopération, une boussole au service du collectif.

Quand un groupe accumule des tensions sans espace dédié à l’expression des émotions et des frustrations, la pression monte de la même manière qu’une cocotte-minute. Afin d’assurer la survie du groupe, très souvent, c’est quelqu’un qui devient, à son insu, le réceptacle de tout ce que le groupe ne parvient ni à nommer ni à traiter collectivement.

rené girard et la théorie mimétique

Et si le destin de Inès, la nouvelle directrice générale, relevait des Choses cachées depuis la fondation du monde de René Girard : ce philosophe, historien et anthropologue est connu pour sa théorie du désir mimétique. Et si Inès était un bouc émissaire, au sens où l’entend René Girard ?

Selon lui, nos désirs ne sont pas spontanés : ils sont une imitation du désir des autres. Ce mimétisme conduit inévitablement à la rivalité et au conflit, puisque nous désirons tous la même chose. En s’intensifiant, la rivalité qui en découle peut mener à une violence de tous contre tous. Pour rétablir l’ordre, les groupes projettent leur violence sur un individu — un bouc émissaire — dont l’élimination symbolique ou réelle apaise les tensions.

Girard nomme cela le miracle du sacrifice : « Il polarise contre une seule victime toute la violence qui, un instant plus tôt, menaçait la communauté tout entière. » Une formidable économie de violence, temporaire… Car le problème structurel, lui, demeure intact.

quand le groupe se soude contre un

C’est ce qui s’est passé avec Inès, directrice nouvellement nommée. Son arrivée a provoqué une cohésion inattendue au sein du comité de direction : une cohésion contre elle. Inès portait, à elle seule, la charge d’un malaise qui existait bien avant son arrivée et le groupe était sincèrement persuadé qu’elle en était la cause.

Ce que le baromètre a rendu visible, c’est l’innocence structurelle d’Inès. Non pas qu’elle n’avait pas sa part de responsabilité dans les tensions — elle l’a d’ailleurs reconnue elle-même —, mais le malaise préexistait. Il attendait simplement un visage sur lequel se cristalliser. Sans cette mise en lumière, le mécanisme se serait poursuivi. Avec Inès… ou après elle, avec quelqu’un d’autre.

ce que la conscience du mécanisme permet

Le mécanisme du bouc émissaire fonctionne inconsciemment — tant que le groupe ne voit pas : il instrumentalise une personne pour assouvir son désir non formulé. Commencer par dénoncer le mécanisme du bouc émissaire, c’est déjà le désamorcer. C’est ce qui s’est passé, lors d’une réunion, quand Marc a énoncé à voix haute que le comité avait projeté sur Inès ce qui leur appartenait collectivement. Cette parole a changé quelque chose d’irréversible : le mécanisme ne pouvait plus fonctionner de la même façon. La paix n’était plus une paix de façade, obtenue par l’exclusion : elle devenait une paix à construire ensemble.

Pour approfondir : René Girard, Les Choses cachées depuis la fondation du monde, Grasset (1978).


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