C’est en lisant le bouleversant roman Le silence des pères (de Rachid Benzine) que m’est venue la réflexion d’aujourd’hui, à partir d’un évènement personnel et sensible. Je me suis souvenue des sanglots de mon père, qui venait d’apprendre la mort de son père à lui. J’avais vingt ans et ai entendu, dans ses larmes, toute la tristesse d’un fils n’ayant pas pu se dire : il semblait sangloter des mots étouffés. Le fils et le père s’étaient-ils seulement rencontrés ? Je me suis promis que cela ne m’arriverait pas avec mes propres parents, que je nommerai ce que je vis dans la relation… sans imaginer, alors, la mesure d’une telle promesse.
Le silence oblitère tout.
Mais est-ce bien nécessaire de tout dire ? Peut-être pas. En même temps, à la différence des autres animaux, si la parole nous a été donnée, n’est-il pas de notre responsabilité de la chérir ? Pour en faire quoi ? C’est là que j’ai pensé à vous et aux silences des pairs, à ce qui ne s’exprime pas au sein de vos équipes et qui creuse les ravins de l’oubli.
les non-dits en entreprise
Que disent les silences en entreprise ? Sont-ils habités par la réflexion et la temporisation ? Ou par la rancœur et le déni ? Dans nos environnements particulièrement agités, il nous est souvent plus facile de faire du bruit, quel qu’il soit : des mots insignifiants, techniques, désincarnés, métalliques, parfois même cinglants… dont le chant traduit le poids de ce qui a été tu, ou tué. Nié. Ce sont alors des mots qui séparent, très éloignés de ceux qui réparent.
J’entends ceux qui se taisent, qui étouffent ce qui ne trouve d’espace ni en eux ni à l’extérieur ; en séance, ils déversent ce qui reste inexprimé, ce qu’ils n’osent pas dire. Et puis, il y a ceux qui parlent pour ne rien dire, pour empêcher le verbe d’exprimer une réalité à laquelle personne n’a envie de se confronter, tant elle met à mal un désordre bien établi. C’est comme une scène de théâtre : chacun joue son rôle et personne ne se rencontre, la peur devenant une menace pour le système dans son entièreté.
Le silence fait partie des fondations. Il muselle. La peur est son bras droit. Celle d’être rejeté, jugé, nié, dénigré, stigmatisé, remis en question. Nous avons tous plus ou moins besoin de nous sentir faire partie de la meute. Il s’agit de notre instinct de survie et de protection. Chacun craint le regard de l’autre parce que s’accueillir soi-même avec tendresse, c’est déjà très compliqué. Nous singulariser représente un risque d’effondrement.
interroger le silence
Dans Le silence des pères, le père est resté silencieux toute sa vie pour protéger ses enfants. Le fils est parti très loin pour ne plus revenir, dénigrant son père… jusqu’au jour de la mort de celui-ci. Ce qui amena le fils à partir en quête de l’homme qu’avait été son père, découvrant là une force, une générosité, une humanité, un courage, ignorés. Une vie insoupçonnée.
Quel fils peut imaginer son père enfant, adolescent, jeune homme ? Et vous, comment imaginez-vous vos propres pairs tels qu’ils étaient enfants, adolescents, jeunes adultes ?… Puissiez-vous désormais interroger vos silences. En quoi nourrissent-ils votre lien avec autrui et la communauté que vous formez avec vos pairs ? En quoi chérissent-ils le respect, la dignité, la paix ? Ou encore, la rancœur, la haine, la séparation ?
Pour éviter de laisser à la confusion tout le loisir de nourrir le chaos, puissiez-vous prendre le temps de dire ces mots que souvent vous taisez par peur. Et ainsi révéler au monde et à ceux qui vous entourent votre bonté, votre générosité, votre courage pour rétablir l’ordre et la vérité.
oser dire
« Les relations se sont améliorées. Avant il y avait des tensions, des non-dits ; maintenant, on arrive à se dire les choses sans le faire peser sur les autres. On est parfois lent à oser dire, mais ça finit par sortir, notamment lors des points opérationnels. L’unité acquise au sein du département nous aide à parler d’une seule voix face aux autres services, à défendre les intérêts des uns et des autres. Même notre directeur est davantage à l’écoute et nous demande clairement ce qui nous bloque. »
nourrir la relation
la parole libérée
Pour vous aider à oser dire, j’ai créé des outils originaux et uniques qui s’intègrent à la fois dans mes accompagnements et formations.
le diagnostic relationnel (qualitatif)
Une enquête en forme de cartographie relationnelle pour trouver les racines des difficultés rencontrées
Je n’ai pas trouvé plus joli mot pour qualifier le travail que je réalise en début de mission : une enquête — ou plutôt une en-quête, en deux mots —, puisqu’il s’agit bien de mon intention.
Lorsque vous déclarez qu’il y a tel ou tel problème avec untel, je vous entends et en prends note. Mais la cause que vous avez identifiée ne correspond souvent qu’à un point de vue, qui fait certes sens pour vous, mais n’en reste pas moins partiel.
Le problème est souvent réduit à son symptôme, alors qu’il y une histoire plus globale à découvrir. C’est ce point de vue systémique qu’il nous décortiquer pour pouvoir panser au bon endroit. Ou plutôt,, au lieu d’appliquer un pansement sur la plaie, commencer par la désinfecter.
C’est pourquoi les entretiens individuels confidentiels avec chaque membre de l’équipe servent à dresser une cartographie relationnelle complète des dysfonctionnements. Je l’ai nommée diagnostic relationnel. Elle sert non seulement à traiter les difficultés, mais aussi à découvrir les racines du problème. Ceci afin de mettre en place un processus d’accompagnement et une amélioration réellement pérennes.
le baromètre de la coopération (quantitatif)
Un outil de mesure au service des besoins relationnels de l’entreprise
Ceci est une histoire de sentiments. Et qu’y a-t-il de plus volatil que les sentiments ? Toute relation est fondée sur des besoins — et les sentiments en sont une expression. J’en ai identifié sept, que j’ai nommé les sept essentiels et qui contribuent à une bonne coopération. Mais alors, comment arriver à mesurer des éléments volatils, comme la reconnaissance, le plaisir, la responsabilité, le respect, la confiance, l’autonomie et l’équité ?
De la même manière que vous déterminez chaque année des objectifs opérationnels avec des indicateurs quantifiables, je vous invite à mesurer la qualité relationnelle de vos équipes, grâce à un baromètre, outil qui nous permettra d’évaluer la qualité du lien et son évolution. Cet outil original est une véritable boussole : il érige une sorte de colonne vertébrale du travail relationnel réalisé.
N’est-ce pas captivant de mesurer ce qui semble volatil et qui constitue pourtant l’un des ciments de l’entreprise ?
les sept essentiels
Les sept besoins relationnels de l’entreprise formalisés en sept essentiels de la coopération
Essentiel 1 • « Je suis parce que tu es » • La reconnaissance est présence ; à soi-même et à l’autre. Elle est la marque de notre attention, à soi et à l’autre, pour nous sentir exister et légitime. Elle permet d’entrer en résonance.
Essentiel 2 • « Nous respecter, c’est nous regarder » • Du latin respectus « action de se retourner pour regarder », le préfixe « re » exprimant le retour en arrière, la répétition : c’est donc regarder à deux fois. Au-delà de nos préjugés, de nos automatismes et prises de position inconscientes, il s’agit de regarder à deux fois pour considérer l’autre, le « différent » de nous.
Essentiel 3 • « La confiance se construit » • La confiance est cette membrane fragile qui protège l’espace destiné à partager la parole en toute sécurité et en toute liberté : elle est la peau qui recouvre la relation et la tient entière. Elle est un acte de foi qui se renouvelle chaque jour.
Essentiel 4 • « J’ai toujours le choix » • Je suis responsable de mes choix, de mes comportements et de mes actes. Ils génèrent des conséquences que j’assume pleinement, même si cela demande parfois du courage, même si c’est souvent plus facile d’incriminer les autres.
Essentiel 5 • « L’autonomie est source d’initiative » • L’autonomie est intrinsèque à la prise d’initiatives. C’est le périmètre au sein duquel nous avons une inestimable liberté de mouvement pour entreprendre, innover, créer.
Essentiel 6 • « Une égalité de traitement » • L’équité — du latin aequitas, « esprit de justice » —, parle de la justesse nécessaire avec laquelle nous traitons nos semblables, à savoir avec une égalité de traitement, car chacun est au même rang.
Essentiel 7 • « Avec plaisir » • Cette vibration intérieure du plaisir à faire ensemble se traduit par une sensation de bien-être et correspond à la satisfaction de nos besoins.
De ces essentiels à la coopération, nous pouvons en retirer deux grands principes :
La réciprocité • « Je » et « tu » n’existent pas l’un sans l’autre : la relation est réciprocité et nous nous accomplissons au sein de la relation.
L’interdépendance • « Je » et « tu » sont intimement liés : tout est lié et nous sommes reliés par notre nature profonde d’être humain. Quelle nature de lien choisissons-nous de cultiver pour nous relier ?
Pour poursuivre cette réflexion, nourrir le lien et cultiver la coopération si chère à l’entreprise qui prospère, contactez-moi.
Christèle Perrot est coach, formatrice et auteure. Elle vous accompagne à cultiver la coopération au sein de vos équipes, en proposant un diagnostic relationnel, du coaching et de la formation. Sa méthode repose sur les principes et les lois qui gouvernent la relation humaine pour nourrir l’épanouissement et la robustesse du lien.