oser dire

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Pour comprendre le contexte dans lequel cet outil a été utilisé, lire l’article C’était pour rire ! Quand l’humour tue.

Claire ne me connaît pas. Je l’accueille dans un bureau du cinquième étage, au fond d’un couloir sombre, à l’abri des regards. Je commence par raconter le contexte de ma venue, le mail reçu par le directeur général, son désir de mettre fin aux rumeurs en prenant les mesures nécessaires. Elle me confie être tout particulièrement tendue, habitée par la peur des représailles et celle de perdre son poste : je la comprends.

quand la présence délie

Nommer pour libérer. Concrètement, cela signifie s’asseoir ensemble côte à côte et offrir à Claire un espace qui lui est dédié — à ce qu’elle est, à ce qu’elle vit, à ce qu’elle ressent — dépouillé de tout jugement ; sans condition. Être là, pleinement et entièrement. En résonance. Pour lui permettre, dans ce huis clos, de se sentir en sécurité, ici et maintenant, mais aussi tout à l’heure, en quittant le bureau, et demain matin, en retournant travailler.

Écouter aussi ce qui ne se dit pas : les larmes qui coulent des yeux, les mains qui tremblent, les genoux qui se croisent et se décroisent, les silences, le souffle court, le regard qui se perd… Respirer ensemble ; pour détendre et délier le fil d’une histoire qui se déroule depuis de trop longs mois sans trouver d’issue et qui nourrit des sentiments de culpabilité, de honte, une anxiété tenace… Écouter pour reconnaître une réalité devenue inacceptable. Alors que j’entends, simultanément, des mots qui cherchent à atténuer le vécu, tellement celui-ci est difficile à intégrer : « Peut-être, après tout, que ce n’est pas si grave et que je suis trop sensible… C’est moi qui en fais toute une histoire. »

Claire parle et c’est bien.

quand le silence relie

Au moment de l’entretien, il n’y a rien à résoudre ni à décider ; juste accueillir ce qui est. Avec le corps, car c’est lui qui mène la danse. En m’ajustant, par le regard : non pas celui qui pénètre, mais celui qui accompagne, qui ouvre les bras à l’intensité de la souffrance trop longtemps contenue. Car Claire elle-même ne s’y autorise pas. À pouvoir ressentir son mal-être sans la juger : le premier reproche s’adresse à elle-même, signifiant par là qu’elle se juge et doute avant tout d’elle-même. L’accueillir par le souffle, celui qui prend racine dans les pieds, bien ancrés dans le sol, et qui donne le rythme, permet de détendre et d’embrasser ce qui a besoin d’être entendu. Nous relier. Lâcher les résistances pour que Claire puisse enfin ouvrir son cœur et s’abandonner à la confiance d’un renouveau possible. Grâce à la chaine humaine qui se tisse pour rendre justice et réhabiliter ce qui a été tué : la dignité. C’est le sens de ce qui nous réunit là, elle et moi.

les résultats en mots

« Oser discuter de la situation avec une personne extérieure… Je suis arrivée à notre premier entretien la peur au ventre, inquiète des éventuelles représailles. Je me suis retrouvée face à une personne bienveillante, dans l’empathie et dans l’écoute : c’était exactement ce que je recherchais et ce dont j’avais besoin. On ne se connaissait pas et j’ai tout de suite senti, à votre regard et à votre façon de vous exprimer, que je pouvais me dévoiler par rapport à une situation qui était très compliquée pour moi. » — Claire, responsable d’agence

À suivre : pour approfondir les fondements de l’écoute profonde, lire l’article L’écoute inconditionnelle. Les fondements.


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